Le grand financier américain, celui dont le plus grand fait d’armes est d’avoir fait sauter la banque d’Angleterre en 1992, spécialiste des investissements spéculatifs et gérant star du Hedge Fund “Quantum fund” vient d’annoncer qu’il arrêtait ses activités de gestion pour compte de tiers.

Il ne raccroche toutefois pas totalement puisqu’il annonce qu’il continuera à gérer la fortune de son entourage, une fortune qui s’élève tout de même à 25 milliards de dollars. Néanmoins, les investisseurs extérieurs ne pourront plus rentrer dans ses fonds d’investissement et d’ici la fin de l’année ceux qui sont présents seront remboursés.

C’est un changement de règlementation aux États-Unis qui serait à l’origine de l’annonce de Soros de ne plus gérer l’argent des tiers. En effet, une nouvelle loi lui imposerait d’être régulée par la SEC, l’équivalent américain de l’AMF. Or, en se consacrant uniquement à sa propre fortune et à celle de sa famille, il n’est plus soumis à cette obligation de transparence et peut donc continuer à opérer comme avant. Il faut dire que quand on regarde la structure de son fonds, sur les 26 milliards de dollars gérés, seul 1 milliard appartient à des investisseurs extérieurs.

Il met ainsi un terme à une très belle carrière de 40 ans dans la gestion des fonds spéculatifs.

L’homme a tout de même 81 ans, il est né en 1930 en Hongrie avant d’émigrer successivement au Royaume-Uni puis aux États-Unis, pays duquel il a désormais la nationalité.

Sa carrière débute réellement en 1973, l’année où il crée le fonds d’investissement qui le rendra célèbre : Quantum Fund. Il décide ainsi de voler de ses propres ailes après avoir fait ses armes dans une petite maison de courtage londonienne puis en tant que trader à Wall Street.

Sa grande spécialité, mais également ce qui le rendra célèbre, est le trading sur le marché des changes. Le moment phare de sa carrière, mais aussi celui qui lui a valu le plus de détracteurs, est son attaque de la livre sterling en 1992.

Pour mettre la pression sur la banque d’Angleterre et alors que le pays connaissait la crise, Soros n’a pas hésité à vendre à découvert 10 milliards de livres sterling. Sa théorie était simple, la grave crise économique traversée par le Royaume-Uni ne devait pas lui permettre de rester dans le système monétaire européen (SME) puisque ce dernier interdisait toute dévaluation par les autorités anglaises mais bridait également le niveau des taux d’intérêts qui était calqué sur ceux de l’Allemagne.

Son énorme position spéculative à découvert entraîna une importante chute de la livre sterling. La conséquence était double, d’une part la banque d’Angleterre craquait et sortait la livre du SME et d’autre part, Georges Soros empochait plus de 1 milliard de dollars sur cette opération.

Quand on parle de l’homme, on retient très souvent cette opération gagnante. On oublie qu’il a aussi pris quelques claques. Il a notamment été condamné pour délit d’initié pour le raid mené en 1988 sur la Société Générale. Il a également subi des revers sur les devises à d’autres occasions.

Ses quelques revers n’ont cependant pas suffi à entamer une rentabilité record du Quantum fund, avec 32% de retour moyen par an durant 30 ans, il s’approche du maître Warren Buffet. Pour se faire une idée de la performance, imaginez que vous ayez investi 1000 $ à l’origine, 30 ans plus tard vous aviez 4 millions de dollars d’actifs !

Au final, ce qu’on ne peut retenir c’est que Georges Soros est à l’origine de la création des fonds spéculatifs que l’on appellera plus tard les “hedge fund”. Ses fonds, enregistrés dans des paradis fiscaux offshore ne sont d’ailleurs même pas enregistrés auprès de la commission des opérations de bourse américaine (SEC), opérant en toute liberté et sans aucune régulation.

Personnage controversé et complexe, il n’est pas à un paradoxe près. Après avoir sauvé Georges Bush junior de la faillite en 1990, il n’hésite pas à mettre 12 millions de dollars sur la table pour éviter sa réélection en finançant les démocrates quelques années plus tard, même pas complexé d’être un partenaire de Bush père dans le groupe Carlyle. Imprévisible, tel est le maître mot de son comportement et c’est peut être ainsi qu’il a réussi ses meilleurs coup, allant là où on ne l’attendait pas. L’homme est également connu pour être l’un des plus gros donateurs de la planète, grand philanthrope, il a distribué des milliards de dollars au cours de sa vie.

Rodolphe Vialles