L’élément déclencheur de la crise de 2007 a été les défauts d’emprunteurs sur prêts « subprimes ».

Celui qui a déclenché le début de crise de 2011 est le défaut d’un petit pays, la Grèce.

Dans les deux cas, le problème de départ était en apparence tout à fait contrôlable : quelques dizaines de milliards de pertes estimées pour les prêts subprimes, et une exposition de notre pays (par exemple) à la Grèce de 68 milliards d’euros, ce qui représente un risque potentiel pour notre pays de 34 milliards d’euros (en faisant l’hypothèse d’une perte de 50%).

Rien de bien affolant dans ces montants (environ un trimestre de déficit public français au rythme actuel) à première vue, même si nos dirigeants font tout ce qu’ils peuvent pour faire grossir l’ardoise finale en prêtant à un pays insolvable.

Mais l’erreur de compréhension fondamentale que font les dirigeants et leurs conseillers est de considérer ces crises comme la « crise des subprimes » ou la « crise des PIIGS ». Ils se focalisent en faisant cela sur un simple signal d’alarme, dont l’extinction ne résoudra rien :

– Les subprimes ont été le signal d’alarme qui a dit « Le modèle de croissance artificiel basé sur l’expansion de l’endettement privé à un rythme très supérieur à celui de la production de richesses réelles, pour consommer à crédit, est arrivé à expiration ».

– La Grèce est le signal d’alarme qui dit « Le modèle de croissance artificiel basé sur l’expansion de l’endettement public à un rythme très supérieur à celui de la production de richesses réelles, pour consommer à crédit, est arrivé à expiration ».

Ces deux crises marquent simplement la fin d’un modèle économique, celui de la croissance artificielle à crédit. Les conséquences seront les mêmes que celles annoncées par le “voyant-subprime” en 2007 : la reprise du deleveraging à grande échelle.

Les décideurs ou leurs principaux conseillers n’en sont pas encore conscients, et tentent de se raccrocher à des grigris (le « FMI », le « FESF », les « eurobonds »…etc), en refusant de voir que ces grigris ne sont que des extensions d’états qui ne peuvent plus accroître leur endettement, et encore moins l’accélérer.

Le président Obama vient de proposer un plan de relance « entièrement financé », et il en serait de même pour la Grande-Bretagne. En faisant cela, ils vont juste reprendre d’une main au système économique ce qu’ils lui ont injecté avec l’autre main, pour un résultat évidemment inexistant !

La suite est claire, et les PIIGS nous montrent la voie :

– Les états vont être obligés d’engager des plans de rigueur de plus en plus forts pour tenter de conserver ce qui leur reste de crédibilité financière.

– Les effets de ces plans seront annulés par la récession qui arrive et par ses conséquences (demandes de prestations sociales, sauvetage et nationalisation probable de systèmes bancaires à la dérive), ce qui nécessitera encore plus de rigueur et encore plus de récession.

Il y aura sans doute un troisième “modèle économique” de fuite en avant qui sera tenté une fois que le cercle vicieux précédent (déflationniste) sera bien enclenché : Utiliser les banques centrales pour acheter en masse la dette publique dont les marchés ne veulent plus, et s’offrir ainsi un petit shoot de dette supplémentaire.

Mais ce modèle se heurtera (en Europe) aux dissensions croissantes entre pays membres de l’eurozone, aux opinions publiques devenant de plus en plus conservatrices sur les questions de la dette (notamment aux USA), et ensuite au risque hyperinflationniste (le “bouquet final” de la crise, avant le début d’un nouveau cycle).

En attendant tout va bien, il n’y aura « pas de récession en vue » (Novotny, BCE), tout juste un gentil ralentissement de notre solide croissance, le défaut de la Grèce n’est « pas une hypothèse de travail » (Michel Baroin), et « il n’y a aucun problème de solvabilité, de liquidité des banques françaises. Les banques françaises sont solides » (Valérie Pécresse).

En fait toutes les inquiétudes actuelles ne sont qu’un vaste mirage collectif…Rappelons quand même qu’à un leverage ratio de 30 (celui du Crédit Agricole par exemple, fin 2010), il suffit de 3,5% de pertes sur le bilan d’une banque pour réduire à néant ses capitaux propres.

Loïc Abadie